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Afrique de l'Ouest

Criquets pèlerins : un signal d’alerte climatique pour le Sahel

Hadiaratou TOGO 24/02/2026 51 vues

Après le Mali, le Sénégal a reçu le 21 février un appui financier de 100 millions de francs CFA de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pour renforcer la lutte contre les criquets pèlerins. Si la réponse est immédiate, le phénomène s’inscrit dans un contexte plus large marqué par la variabilité climatique et la vulnérabilité des systèmes agricoles sahéliens.

Un essaim de criquets pèlerins, parfois composé de dizaines de millions d’insectes, peut ravager en quelques heures des hectares de cultures, selon les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ont récemment renforcé leur dispositif de surveillance face à cette menace.

Une mobilisation régionale face à la menace


Les fonds accordés au Sénégal doivent permettre d’intensifier les opérations de prospection sur l’ensemble du territoire. Ils serviront à acquérir des pesticides homologués, à renforcer les capacités des équipes spécialisées et à améliorer le déploiement des unités d’intervention.

Quelques semaines plus tôt, le 2 février, le Mali avait bénéficié du même appui financier pour soutenir son plan national de riposte.

« Cette contribution nous permettra de renforcer nos dispositifs d’alerte précoce et d’assurer une réponse rapide afin de protéger le labeur de nos producteurs », déclarait alors le ministre malien de l’Agriculture.

Ces décisions traduisent une vigilance régionale face à une menace qui ne connaît pas de frontières.

Des ravageurs capables de détruire des récoltes entières


Selon la FAO, un essaim peut consommer en une seule journée une quantité de nourriture équivalente à celle de 35 000 personnes. Cette capacité en fait l’un des ravageurs migrateurs les plus destructeurs au monde.

Dans le Sahel, où une grande partie de la population dépend de l’agriculture pluviale, une infestation peut compromettre des cultures essentielles comme le mil, le sorgho ou le maïs. Pour de nombreux ménages ruraux, ces cultures représentent bien plus qu’une source de revenus : elles constituent la base de l’alimentation familiale et de la stabilité économique locale.

Les conséquences peuvent être rapides : pertes de récoltes, insécurité alimentaire accrue et fragilisation des exploitations déjà vulnérables aux aléas climatiques.

Une résurgence préoccupante depuis fin 2025


Dans son bulletin publié le 5 février, la FAO indique que les criquets pèlerins représentent une menace pour plusieurs pays du Sahel.

En janvier, une résurgence observée en Mauritanie et au Sahara occidental s’est divisée en deux zones. Au sud, l’aire infestée s’étendait du nord du Sénégal au sud de la Mauritanie. Des groupes d’ailés et de petits essaims immatures y ont été signalés, même si leurs effectifs ont diminué au cours de la dernière décade.

La situation était déjà surveillée depuis décembre 2025. À cette période, la FAO alertait sur un risque de reproduction dans d’autres zones, notamment dans le nord-est du Mali et le nord-ouest du Niger.

L’organisation se montre relativement optimiste pour certains pays en 2026. Elle appelle toutefois à maintenir et à renforcer la prospection, la surveillance et les opérations de lutte. Des pluies localisées et une végétation abondante pourraient relancer le développement des populations acridiennes.

Climat et vulnérabilité agricole


Selon le service d’information sur le criquet pèlerin de la FAO, les invasions sont étroitement liées aux conditions météorologiques. Des pluies abondantes dans des zones habituellement sèches créent un environnement favorable à la reproduction. L’humidité du sol facilite la ponte des œufs, tandis que la végétation issue des précipitations permet aux larves de se développer rapidement.

Dans le Sahel, où l’agriculture dépend fortement des pluies saisonnières, ces épisodes deviennent plus difficiles à anticiper. L’irrégularité des saisons et la variabilité des précipitations compliquent la planification agricole et peuvent favoriser la résurgence des infestations.


Protéger les cultures sans fragiliser les écosystèmes

Criquets pèlerins en Afrique de l’Ouest : un signal d’alerte climatique pour le Sahel ?

Après le Mali, le Sénégal a reçu le 21 février un appui financier de 100 millions de francs CFA de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pour renforcer la lutte contre les criquets pèlerins. Si la réponse est immédiate, le phénomène s’inscrit dans un contexte plus large marqué par la variabilité climatique et la vulnérabilité des systèmes agricoles sahéliens.

L’usage de pesticides homologués reste nécessaire pour contenir rapidement les essaims. Toutefois, ces interventions doivent être strictement encadrées afin de limiter leurs effets sur les sols, les insectes pollinisateurs et les ressources en eau.

Selon les recommandations de la FAO et des spécialistes de la gestion des ravageurs, le renforcement des systèmes d’alerte précoce, la formation des équipes techniques et la coopération régionale sont essentiels. Ces leviers permettent d’anticiper les crises et de réduire le recours massif aux traitements chimiques.

La mobilisation financière de l’UEMOA montre que la région prend la menace au sérieux. Mais au-delà de la gestion immédiate des essaims, la résurgence des criquets agit comme un révélateur. Elle met en lumière la fragilité des équilibres écologiques du Sahel et la dépendance de millions de personnes à des systèmes agricoles sensibles aux chocs climatiques.

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criquets pèlerins Sahel agriculture sécurité alimentaire FAO UEMOA changement climatique lutte anti-insectes

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